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  •     Correspondance Engels Marx, tomt 13, lettre 11, lue par Isabelle Garo
  •     Correspondance Engels Marx, tomt 13, lettre 60, lue par Isabelle Garo
  •      Correspondance Engels Marx, tomt 13, lettre 73, lue par Guillaume Fondu

Friedrich Engels, Karl Marx, et alii, Annales franco-allemandes

Friedrich Engels, Karl Marx et alii, Annales franco-allemandes, « Geme », Les Éditions sociales, Paris, 2020, Isbn : 9782353670321, 360 p., 148×236 mm, 25 €, en librairie le 4 juin

À Paris, au début de l’année 1844, paraît la revue des Annales franco-allemandes. Cet unique numéro, dirigé par Karl Marx et Arnold Ruge, contient certains des textes les plus connus des jeunes Marx et Engels. Il cristallise aussi un projet politique et théorique collectif singulier, celui d’une partie des Jeunes hégéliens. Ces intellectuels allemands, disciples critiques de Hegel, cherchent à faire de la philosophie de ce dernier un instrument au service des luttes progressistes dans l’espace intellectuel et politique germanique.

Cette première édition et traduction française intégrale des Annales franco-allemande donne à lire dans des traductions et appareils critiques nouveaux les articles de Marx et d’Engels (« Esquisse d’une critique de l’économie politique », « Sur la question juive », l’Introduction de la Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel) ainsi que de tous les contributeurs du numéro (Mikhaïl Bakounine, Ferdinand Cölestin Bernays, Ludwig Feuerbach, Heinrich Heine, Georg Herwegh, Moses Hess, Johann Jacoby, Arnold Ruge).

Introduit par Pauline Clochec, ce volume présente dans toute leur complexité le tournant socialiste et communiste que Marx réalise à Paris ainsi qu’un moment historique décisif de l’histoire politique allemande et européenne.

Simon Lemoine, Découvrir Bourdieu

Lemoine Simon, Découvrir Bourdieu, « Les propédeutiques », Les Éditions sociales, Paris, Isbn : 9782353670574, 184 p., 110×175 mm, 10 €, Sortie le 5 mars
 
Quatorze textes expliqués et commentés par le philosophe Simon Lemoine permettant
d’aborder les concepts et la sociologie de Pierre Bourdieu.
 
Les concepts de Pierre Bourdieu font école tant et si bien qu’au-delà même de la sociologie critique, on les retrouve dans la littérature journalistique, dans les textes d’organisations, dans les discours politiques…
Le livre de Simon Lemoine, docteur en philosophie, professeur de lycée, veut éclairer pour un public non savant les articulations principales d’une pensée qui s’est vouée à la connaissance des mouvements de la société.
Comment les dominants dominent-ils ? La sociologie peut-elle servir à transformer les rapports de pouvoir, quelle est la puissance de la violence symbolique, qu’est-ce que l’habitus, la distinction, comment fonctionne la reproduction sociale ? Autant de questions qui animent ce « Découvrir » et en font une introduction essentielle à la sociologie de Bourdieu, et à la compréhension du présent.
 
Simon Lemoine sera présent :
– à la librairie L’escampette à Pau, le vendredi 28 février de 14h à 17h, il sera disponible pour parler de ses travaux et présenter « Découvrir Bourdieu ».
– lors des Journées Libertaires de Pau, le jeudi 27 février à 18h à l’UFR Lettres, pour évoquer les micro-violences.
–  à La Librairie des Halles à Niort, le samedi 18 avril à 11h, où il discutera avec Jérôme Lamy. ANNULE 

Friedrich Engels, Les Principes du communisme

Friedrich Engels, Les Principes du communisme
Les Éditions sociales, Paris, 2020 ; Isbn : 978-2-35367-066-6, 88 p., 102×175mm,  5 €
Sortie en librairie le 19 mars 2020.

À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Friedrich Engels (28 novembre 1820), les Éditions sociales publient ce texte considéré comme le brouillon du Manifeste du parti communiste.

Dans ce volume figurent : une préface de Jean Quétier, le Projet de profession de foi communiste, Les Principes du communisme et la Contribution à l’histoire de la ligue des communistes.

 

Fernando Rosas : « Les populismes surfent sur la colère et la peur »

Entretien avec Nuno Gomes Garcia pour Radio Afa

Podcast de l’émission : https://radioalfa.net/podcast/lart-de-durer-le-fascisme-au-portugal-fernando-rosas/

Grâce aux Éditions sociales et à la traduction de Clara Domingues, une œuvre de référence sur l’État nouveau salazariste, L’art de durer, le fascisme au Portugal, de l’historien Fernando Rosas, est désormais en librairie.

Dans ce livre publié il y a 8 ans au Portugal, sous le titre : Salazar e o poder. A arte de saber durar, Fernando Rosas propose à ses lecteurs, dans un style délié et très accessible, une approche consciencieuse du fascisme portugais, expliquant les facteurs qui contribuèrent à son importante longévité, de 1926 à 1974, alors que presque toutes les expériences fascistes européennes prirent fin en 1945.

Ce livre paraît à un moment où l’on commence à débattre au Portugal — signe des temps que nous vivons — de ce que personne n’aurait eu l’audace de remettre en cause, il y a encore peu. Aujourd’hui, certains historiens et commentateurs refusent d’identifier l’État nouveau au fascisme. Ces derniers temps, donc, la figure de Salazar fait l’objet d’un blanchiment, d’une réhabilitation, passant de fasciste féroce, ami de Franco et admirateur de Mussolini, à gentil patriote et génie des finances.

Fernando Rosas range, quant à lui, le salazarisme dans la case adéquate : la même que celle où se trouvent Franco, Hitler et Mussolini. Mais il va plus loin encore et pose une question essentielle : quels éléments permirent au salazarisme de survivre à la fin de la guerre provoquée par le nazi-fascisme allemand et le fascisme italien ?

 

NGG : Il y a vingt ans et quelques, lorsque j’étudiais l’histoire à l’université, il était rare d’entendre quelqu’un dire en public que Salazar n’était pas fasciste. Que s’est-il passé depuis ?

FR : Au niveau européen et nord-américain, l’historiographie a connu une évolution tendant à considérer que les régimes fascistes étaient si particuliers et si rares que, finalement, le seul véritable fascisme était l’italien — et encore il le serait assez peu à partir d’une certaine période —, ou alors, dans un cas extrême, le nazisme. Pour certains, même le nazisme est une espèce particulière, qui se distingue du fascisme. De ce point de vue, l’État nouveau salazariste était donc une sorte de « dictature douce », guidé par un « professeur d’université », un régime « blanchi », adouci… Ces interprétations renvoient au contexte initial de la Guerre froide dans lequel l’Allemagne nazie et l’Union soviétique furent isolées et misent dans le même sac, celui des « régimes totalitaires ». En dehors de ces régimes, il y avait des « dictatures anticommunistes » qu’il était avantageux, du point de vue de la logique de la Guerre froide, de placer dans le grand camp de l’anticommunisme. De là proviennent une certaine déculpabilisation et, au fond, un blanchiment du régime salazariste. Cependant, selon moi, le critère qui fonde cette division pendant la Guerre froide est mis à mal en tant qu’élément d’explication. Ce que l’on peut dire, c’est que les régimes fascistes ne sont pas tous identiques. Aucun mouvement fasciste, aucun régime fasciste n’a jamais pris le pouvoir par sa seule force. Il y a tout un système d’alliances entre le mouvement fasciste et des secteurs des classes dominantes, des droites conservatrices, qui se « fascisent » dans le contexte des années 1920 et 1930. Expliquons-nous : ces classes dominantes et les droites conservatrices voient dans les expériences fascistes une manière avantageuse de répondre à la crise économique et sociale qui balaie une bonne partie de l’Europe de l’entre-deux-guerres. Une crise qui se fait fortement ressentir dans les pays périphériques européens. Considéré comme avantageux, le fascisme devient populaire parmi les classes possédantes, et une sorte d’alliance se noue alors entre les mouvements fascistes et une partie des classes conservatrices, de la droite traditionnelle, y compris de la droite libérale. C’est de cette union que surgissent les régimes fascistes. Le régime salazariste constitue une modalité de cette alliance, avec, toutefois, un poids de la droite conservatrice bien plus important que dans d’autres expériences. Disons que le salazarisme constitue une modalité d’un fascisme conservateur. Comme le fut aussi le franquisme, notamment après la Guerre d’Espagne (1936/1939). Ce furent des fascismes conservateurs, mais des régimes de violence, antidémocratiques, avec des partis uniques, et d’appétence totalitaire…        

 

NGG : Et c’est ce que vous démontrez dans ce livre ?

FR : En effet. Je veux démontrer ce que fut cet « art de durer » qui était, pour Salazar, l’art suprême de Mussolini, et comment Salazar l’exerça à partir de 1933, année de la constitutionnalisation de l’État nouveau. Une moitié du XXe siècle portugais s’est déroulé sous cette dictature de type fasciste qu’était le régime salazariste.

 

NGG : Parlons un peu de notre époque. Certains disent que la Grande Récession de 2008/2015 a fait resurgir des phénomènes, des idéologies, si l’on préfère, que beaucoup jugeaient mortes et enterrées. Existe-t-il, selon vous, des éléments fascisants dans ce qu’il est convenu d’appeler les « démocraties illibérales » ? Existe-t-il chez Trump, Poutine, Orbán ou Bolsonaro des pulsions fascisantes ?

FR : Je le pense, en effet. Les réalités politiques hongroises, polonaises ou encore les mouvements politiques qui existent en Allemagne, en Slovaquie, en Croatie, ou bien des régimes comme celui de l’Inde, des Philippines, de la Russie, de la Turquie… Tous ces exemples comportent des éléments que certains historiens qualifient de « postfascistes ». Ce sont des réalités qui diffèrent du fascisme dans leur concrétisation actuelle, mais qui comportent clairement des éléments fascistes. Le danger est bel et bien là.

La transition du XXe au XXIe siècle, la grande globalisation capitaliste et le désastre social qu’elle constitue : chômage, faillites, renversement des anciens États sociaux, tout cela a créé, surtout dans les classes intermédiaires et dans certains secteurs des classes les plus pauvres, une grande insécurité, une grande incertitude, de la peur. La peur de l’avenir, la peur du déclassement, la peur de la misère, la peur du chômage. Et parce que les partis du centre traditionnel ont renoncé à répondre à ces questions et qu’ils sont eux-mêmes devenus des agents de propagation du néolibéralisme, cette peur provoque chez ces personnes un sentiment d’abandon, elles se sentent orphelines de toute représentation, orphelines de tout représentant défendant leurs intérêts. Comme dans les années 1930, les nouveaux mouvements populistes surfent, démagogiquement, sur ce mécontentement, cette colère, cette peur, ce pessimisme par rapport à l’avenir. Et ils le font de différentes manières. En France, par exemple, nous avons un Rassemblement national étatiste et protectionniste, mais le Vox espagnol ou le Chega portugais (qui est arrivé au Parlement lors des dernières législatives, avec l’élection d’un député) sont ultralibéraux, bien que partisans du renforcement de l’autorité de l’État. Ils sont si ultralibéraux que le Chega défend l’idée de dissoudre le Ministère de l’Éducation et d’en finir avec le Service national de santé pour laisser le « marché » résoudre, par lui-même, tous les problèmes. Ces mouvements sont divers, y compris dans leur manière de se présenter, mais ce sont des mouvements issus du néofascisme, composés de nombreux néofascistes désormais propres sur eux, qui agissent de l’intérieur du système, qui participent aux élections. Et surfant sur la peur et le mécontentement causés par les effets de la globalisation, ils rencontrent un certain succès. Tout cela nous autorise à établir des parallèles entre notre époque et la situation de l’entre-deux-guerres, en particulier après la Grande Dépression de 1929.

entretien traduit par Clara Domingues

Pour connaître l’intégralité de la tournée de l’auteur : https://editionssociales.fr/index.php/2020/01/20/fernando-rosas-lart-de-durer-le-fascisme-au-portugal/

Pour commander l’ouvrage : https://www.librairiesindependantes.com/product/9782353670338/

Pour plus d’informations, contacter notre responsable presse et libraires Marina Simonin : m-simonin@editionssociales.fr

Fernando Rosas, L’Art de durer. Le Fascisme au Portugal

Fernando Rosas, L’Art de durer. Le Fascisme au Portugal
Traduit du portugais par Clara Domingues, « Histoire », Les Éditions sociales, Paris, 2020 ; Isbn : 978-2-35367-033-8,  346 p., 148×236 mm,  22 €
Sortie en librairie le 6 février 2020.

Comment et pourquoi la dictature fasciste portugaise a-t-elle pu s’installer dans une république naissante au milieu des années 1920 et durer pendant près d’un demi-siècle alors qu’elle s’est écroulée dans l’allégresse quasi-générale de la révolution des Œillets en 1974 ?
C’est à cette question essentielle que s’applique Fernando Rosas, universitaire et homme politique, emprisonné pendant la dictature, l’un des fondateurs de la nouvelle histoire contemporaine portugaise. Son livre analyse et explique les décisions, les procédures et les institutions inventées par Salazar dans le processus de prise de pouvoir et montre comment il a su et pu conserver ce pouvoir, vaincre les oppositions, faire taire son propre camp, établir des équilibres pérennes, bâillonner son peuple en usant à l’intérieur d’une violence qu’on qualifierait aujourd’hui de « basse intensité ».
Cet Art de durer est une formidable introduction à l’histoire du Portugal et du même coup une réflexion très actuelle sur la capacité des formations autoritaires, hier certes mais aussi dans notre présent, à s’emparer et à garder le pouvoir.