Simon Lemoine, Découvrir Bourdieu

Lemoine Simon, Découvrir Bourdieu, « Les propédeutiques », Les Éditions sociales, Paris, Isbn : 9782353670574, 184 p., 110×175 mm, 10 €, Sortie le 5 mars
 
Quatorze textes expliqués et commentés par le philosophe Simon Lemoine permettant
d’aborder les concepts et la sociologie de Pierre Bourdieu.
 
Les concepts de Pierre Bourdieu font école tant et si bien qu’au-delà même de la sociologie critique, on les retrouve dans la littérature journalistique, dans les textes d’organisations, dans les discours politiques…
Le livre de Simon Lemoine, docteur en philosophie, professeur de lycée, veut éclairer pour un public non savant les articulations principales d’une pensée qui s’est vouée à la connaissance des mouvements de la société.
Comment les dominants dominent-ils ? La sociologie peut-elle servir à transformer les rapports de pouvoir, quelle est la puissance de la violence symbolique, qu’est-ce que l’habitus, la distinction, comment fonctionne la reproduction sociale ? Autant de questions qui animent ce « Découvrir » et en font une introduction essentielle à la sociologie de Bourdieu, et à la compréhension du présent.
 
Simon Lemoine sera présent :
– à la librairie L’escampette à Pau, le vendredi 28 février de 14h à 17h, il sera disponible pour parler de ses travaux et présenter « Découvrir Bourdieu ».
– lors des Journées Libertaires de Pau, le jeudi 27 février à 18h à l’UFR Lettres, pour évoquer les micro-violences.
–  à La Librairie des Halles à Niort, le samedi 18 avril à 11h, où il discutera avec Jérôme Lamy. ANNULE 

Fernando Rosas : « Les populismes surfent sur la colère et la peur »

Entretien avec Nuno Gomes Garcia pour Radio Afa

Podcast de l’émission : https://radioalfa.net/podcast/lart-de-durer-le-fascisme-au-portugal-fernando-rosas/

Grâce aux Éditions sociales et à la traduction de Clara Domingues, une œuvre de référence sur l’État nouveau salazariste, L’art de durer, le fascisme au Portugal, de l’historien Fernando Rosas, est désormais en librairie.

Dans ce livre publié il y a 8 ans au Portugal, sous le titre : Salazar e o poder. A arte de saber durar, Fernando Rosas propose à ses lecteurs, dans un style délié et très accessible, une approche consciencieuse du fascisme portugais, expliquant les facteurs qui contribuèrent à son importante longévité, de 1926 à 1974, alors que presque toutes les expériences fascistes européennes prirent fin en 1945.

Ce livre paraît à un moment où l’on commence à débattre au Portugal — signe des temps que nous vivons — de ce que personne n’aurait eu l’audace de remettre en cause, il y a encore peu. Aujourd’hui, certains historiens et commentateurs refusent d’identifier l’État nouveau au fascisme. Ces derniers temps, donc, la figure de Salazar fait l’objet d’un blanchiment, d’une réhabilitation, passant de fasciste féroce, ami de Franco et admirateur de Mussolini, à gentil patriote et génie des finances.

Fernando Rosas range, quant à lui, le salazarisme dans la case adéquate : la même que celle où se trouvent Franco, Hitler et Mussolini. Mais il va plus loin encore et pose une question essentielle : quels éléments permirent au salazarisme de survivre à la fin de la guerre provoquée par le nazi-fascisme allemand et le fascisme italien ?

 

NGG : Il y a vingt ans et quelques, lorsque j’étudiais l’histoire à l’université, il était rare d’entendre quelqu’un dire en public que Salazar n’était pas fasciste. Que s’est-il passé depuis ?

FR : Au niveau européen et nord-américain, l’historiographie a connu une évolution tendant à considérer que les régimes fascistes étaient si particuliers et si rares que, finalement, le seul véritable fascisme était l’italien — et encore il le serait assez peu à partir d’une certaine période —, ou alors, dans un cas extrême, le nazisme. Pour certains, même le nazisme est une espèce particulière, qui se distingue du fascisme. De ce point de vue, l’État nouveau salazariste était donc une sorte de « dictature douce », guidé par un « professeur d’université », un régime « blanchi », adouci… Ces interprétations renvoient au contexte initial de la Guerre froide dans lequel l’Allemagne nazie et l’Union soviétique furent isolées et misent dans le même sac, celui des « régimes totalitaires ». En dehors de ces régimes, il y avait des « dictatures anticommunistes » qu’il était avantageux, du point de vue de la logique de la Guerre froide, de placer dans le grand camp de l’anticommunisme. De là proviennent une certaine déculpabilisation et, au fond, un blanchiment du régime salazariste. Cependant, selon moi, le critère qui fonde cette division pendant la Guerre froide est mis à mal en tant qu’élément d’explication. Ce que l’on peut dire, c’est que les régimes fascistes ne sont pas tous identiques. Aucun mouvement fasciste, aucun régime fasciste n’a jamais pris le pouvoir par sa seule force. Il y a tout un système d’alliances entre le mouvement fasciste et des secteurs des classes dominantes, des droites conservatrices, qui se « fascisent » dans le contexte des années 1920 et 1930. Expliquons-nous : ces classes dominantes et les droites conservatrices voient dans les expériences fascistes une manière avantageuse de répondre à la crise économique et sociale qui balaie une bonne partie de l’Europe de l’entre-deux-guerres. Une crise qui se fait fortement ressentir dans les pays périphériques européens. Considéré comme avantageux, le fascisme devient populaire parmi les classes possédantes, et une sorte d’alliance se noue alors entre les mouvements fascistes et une partie des classes conservatrices, de la droite traditionnelle, y compris de la droite libérale. C’est de cette union que surgissent les régimes fascistes. Le régime salazariste constitue une modalité de cette alliance, avec, toutefois, un poids de la droite conservatrice bien plus important que dans d’autres expériences. Disons que le salazarisme constitue une modalité d’un fascisme conservateur. Comme le fut aussi le franquisme, notamment après la Guerre d’Espagne (1936/1939). Ce furent des fascismes conservateurs, mais des régimes de violence, antidémocratiques, avec des partis uniques, et d’appétence totalitaire…        

 

NGG : Et c’est ce que vous démontrez dans ce livre ?

FR : En effet. Je veux démontrer ce que fut cet « art de durer » qui était, pour Salazar, l’art suprême de Mussolini, et comment Salazar l’exerça à partir de 1933, année de la constitutionnalisation de l’État nouveau. Une moitié du XXe siècle portugais s’est déroulé sous cette dictature de type fasciste qu’était le régime salazariste.

 

NGG : Parlons un peu de notre époque. Certains disent que la Grande Récession de 2008/2015 a fait resurgir des phénomènes, des idéologies, si l’on préfère, que beaucoup jugeaient mortes et enterrées. Existe-t-il, selon vous, des éléments fascisants dans ce qu’il est convenu d’appeler les « démocraties illibérales » ? Existe-t-il chez Trump, Poutine, Orbán ou Bolsonaro des pulsions fascisantes ?

FR : Je le pense, en effet. Les réalités politiques hongroises, polonaises ou encore les mouvements politiques qui existent en Allemagne, en Slovaquie, en Croatie, ou bien des régimes comme celui de l’Inde, des Philippines, de la Russie, de la Turquie… Tous ces exemples comportent des éléments que certains historiens qualifient de « postfascistes ». Ce sont des réalités qui diffèrent du fascisme dans leur concrétisation actuelle, mais qui comportent clairement des éléments fascistes. Le danger est bel et bien là.

La transition du XXe au XXIe siècle, la grande globalisation capitaliste et le désastre social qu’elle constitue : chômage, faillites, renversement des anciens États sociaux, tout cela a créé, surtout dans les classes intermédiaires et dans certains secteurs des classes les plus pauvres, une grande insécurité, une grande incertitude, de la peur. La peur de l’avenir, la peur du déclassement, la peur de la misère, la peur du chômage. Et parce que les partis du centre traditionnel ont renoncé à répondre à ces questions et qu’ils sont eux-mêmes devenus des agents de propagation du néolibéralisme, cette peur provoque chez ces personnes un sentiment d’abandon, elles se sentent orphelines de toute représentation, orphelines de tout représentant défendant leurs intérêts. Comme dans les années 1930, les nouveaux mouvements populistes surfent, démagogiquement, sur ce mécontentement, cette colère, cette peur, ce pessimisme par rapport à l’avenir. Et ils le font de différentes manières. En France, par exemple, nous avons un Rassemblement national étatiste et protectionniste, mais le Vox espagnol ou le Chega portugais (qui est arrivé au Parlement lors des dernières législatives, avec l’élection d’un député) sont ultralibéraux, bien que partisans du renforcement de l’autorité de l’État. Ils sont si ultralibéraux que le Chega défend l’idée de dissoudre le Ministère de l’Éducation et d’en finir avec le Service national de santé pour laisser le « marché » résoudre, par lui-même, tous les problèmes. Ces mouvements sont divers, y compris dans leur manière de se présenter, mais ce sont des mouvements issus du néofascisme, composés de nombreux néofascistes désormais propres sur eux, qui agissent de l’intérieur du système, qui participent aux élections. Et surfant sur la peur et le mécontentement causés par les effets de la globalisation, ils rencontrent un certain succès. Tout cela nous autorise à établir des parallèles entre notre époque et la situation de l’entre-deux-guerres, en particulier après la Grande Dépression de 1929.

entretien traduit par Clara Domingues

Pour connaître l’intégralité de la tournée de l’auteur : https://editionssociales.fr/index.php/2020/01/20/fernando-rosas-lart-de-durer-le-fascisme-au-portugal/

Pour commander l’ouvrage : https://www.librairiesindependantes.com/product/9782353670338/

Pour plus d’informations, contacter notre responsable presse et libraires Marina Simonin : m-simonin@editionssociales.fr

Fernando Rosas, L’Art de durer. Le Fascisme au Portugal

Le 6 février 2020 sortira l’ouvrage de Fernando Rosas, L’Art de durer. Le Fascisme au Portugal (traduit du portugais par Clara Domingues). Il s’agit d’une contribution majeure à l’histoire politique du Portugal mais aussi à la compréhension de l’avènement des régimes autoritaires en Europe et dans le monde.

Fernando Rosas est spécialiste de l’histoire politique du Portugal. Il est également homme politique de la gauche radicale et a milité activement sous la dictature.

Nous avons par ailleurs le plaisir de vous annoncer que Fernando Rosas, qui parle couramment le français, sera en France la première semaine du mois de mars 2020 pour présenter son ouvrage. Au programme :

– le lundi 2 mars à la librairie La Brèche (Paris) avec Ugo Palheta à 19h

– le mardi 3 mars à la Librairie Ombres blanches (Toulouse) à 17h 

– le jeudi 5 mars à Librairie portugaise et brésilienne (Paris) à 19h.

le vendredi 6 mars au Collège d’Espagne (Paris) avec Yves Léonard et Mercedes Yusta Rodrigo à 14h30

 

Fernando Rosas, L’Art de durer. Le Fascisme au Portugal
Traduit du portugais par Clara Domingues, « Histoire », Les Éditions sociales, Paris, 2020 ; Isbn : 978-2-35367-033-8,  346 p., 148×236 mm,  22 €
Sortie en librairie le 6 février 2020.

Comment et pourquoi la dictature fasciste portugaise a-t-elle pu s’installer dans une république naissante au milieu des années 1920 et durer pendant près d’un demi-siècle alors qu’elle s’est écroulée dans l’allégresse quasi-générale de la révolution des Œillets en 1974 ?
C’est à cette question essentielle que s’applique Fernando Rosas, universitaire et homme politique, emprisonné pendant la dictature, l’un des fondateurs de la nouvelle histoire contemporaine portugaise. Son livre analyse et explique les décisions, les procédures et les institutions inventées par Salazar dans le processus de prise de pouvoir et montre comment il a su et pu conserver ce pouvoir, vaincre les oppositions, faire taire son propre camp, établir des équilibres pérennes, bâillonner son peuple en usant à l’intérieur d’une violence qu’on qualifierait aujourd’hui de « basse intensité ».
Cet Art de durer est une formidable introduction à l’histoire du Portugal et du même coup une réflexion très actuelle sur la capacité des formations autoritaires, hier certes mais aussi dans notre présent, à s’emparer et à garder le pouvoir.

Vous pouvez trouver la table des matières ici.

Pour plus d’informations, vous pouvez contacter notre responsable presse et libraires Marina Simonin : m-simonin@editionssociales.fr

Judith Butler, Deux lectures du jeune Marx

 
Butler Judith, Deux lectures du Jeune Marx, « Les irrégulières », Les Éditions sociales, Paris, 2019, Isbn : 9782353670604, 120 p., 110×175 mm, 10 €, sortie le 17 octobre
 
 
« La relation qu’entretient le corps humain avec la nature tout entière est essentielle pour le corps humain, tout comme la relation qu’entretient la nature avec le corps humain s’avère essentielle pour la nature. »
 
 
 
Judith Butler, pionnière des études de genre, se saisit de la question écologique dans une perspective marxiste. Les réflexions du jeune Marx sont-elles, comme on l’a souvent dit, foncièrement anthropocentriques ? En discutant la conception de la nature comme « corps inorganique de l’homme » développée par Marx dans les Manuscrits de 1844, Judith Butler répond par une tout autre lecture.
Ce texte prononcé au séminaire étudiant Lectures de Marx de l’ENS de la rue d’Ulm est complété par une discussion avec le public offrant une traversée des principales œuvres de Judith Butler.
Dans la seconde partie de l’ouvrage, la philosophe se penche sur la célèbre lettre du jeune Karl Marx à Arnold Ruge en 1843. Elle y trouve l’occasion de repenser la tâche de la philosophie comme « critique impitoyable » et sans cesse recommencée de l’ordre établi.
La traduction a été réalisée par Juan Sebastian Carbonell, Francis Haselden, Vincent Heimendinger et Marion Leclair.

Michael Heinrich, Karl Marx et la naissance de la société moderne

Heinrich Michael, Karl Marx et la naissance de la société moderne, tome 1, 1818-1841, « Les Éclairées », Les Éditions sociales, Paris, 2018, Isbn : 9782353670444, 560 p., 140×205 mm, 25 €, Sortie en librairie le 26 septembre 2019

À l’opposé de la plupart des biographes de Marx qui l’ont enfermé dans des schémas simplificateurs, Michael Heinrich montre que le travail de Marx n’existe que comme projet inachevé, qu’il consiste en une succession de débuts fascinants, d’accidents et de bifurcations. Cette démarche lui permet de brosser le portrait de Marx en homme moderne.
Ce premier tome d’une biographie intellectuelle essentielle s’attache aux années de jeunesse de Marx à Trèves, Bonn et Berlin, la phase la plus méconnue de sa vie. Cette période est pourtant riche d’événements et de moments importants de son cheminement intellectuel : son cadre familial, ses années de lycée, ses essais poétiques, sa confrontation avec la religion, sa thèse de philosophie, ses études de droit, sa critique de Hegel ou encore son amitié avec Bruno Bauer, dans la Prusse réactionnaire des années 1830.
 
Michael Heinrich, spécialiste en sciences politiques, participe au renouvellement de la lecture de Marx. Les traductrices et traducteurs de ce volume collaborent à la Grande Édition Marx et Engels.

Traduction coordonnée par Jean Quétier, Texte traduit de l’allemand par Victor Béguin, Alix Bouffard, Guillaume Fondu, Clément Fradin et Jean
Quétier.
 
 
 
 

Samuel Bamford, La Vie d’un radical anglais au temps de Peterloo

Bamford Samuel, La Vie d’un radical anglais au temps de Peterloo, traduit de l’anglais par Laurent Bury, « Histoire », Les Éditions sociales, Paris, 2019, Isbn : 9782353670352, 400 p., 148×236 mm, 25 €, Sortie en librairie le 20 juin 2019.
 

Manchester, 16 août 1819. Quelque 60 000 personnes, hommes, femmes et enfants, surtout des ouvrières et ouvriers du textile, sont rassemblées pacifiquement pour des réformes démocratiques. À peine le meeting a-t-il commencé que la troupe charge et sabre la foule, tuant 15 personnes et en blessant plus de 600 : c’est le massacre de Peterloo. Le tisserand Samuel Bamford (1788-1872) avait conduit les habitants de sa ville jusqu’au rassemblement. Dans ses mémoires, il a laissé le récit le plus saisissant de l’événement qui nous soit parvenu. Il raconte d’une plume alerte son engagement dans l’agitation radicale entre 1816 et 1821, une époque de récession économique et de crise politique. Bamford emmène ses lecteurs dans les tavernes pour des réunions radicales, dans les prisons et sur les routes du pays qu’il traverse à pied. Il nous fait rencontrer les radicaux célèbres de l’époque, mais aussi une foule d’anonymes des classes populaires.
Ces mémoires exceptionnels, publiés entre 1839 et 1842, « une lecture essentielle pour tout Anglais », selon l’historien E.P. Thompson, paraissent en français pour la première fois.

Traduction par Laurent Bury. Édition par Fabrice Bensimon, avec le concours de Robert Poole.